Article des DNA - 13/06/2011

Il y a au moins un passé

Hier, à Geispolsheim, près de mille spectateurs ont assisté au match de gala organisé par la Fédération des Supporters du Racing pour fêter la Coupe de France décrochée en mai 1951. D’anciens joueurs étaient de la partie, quelques jeunes espoirs aussi. Si l’avenir est incertain, le passé garde belle allure.

Bien sûr, il y a toujours l’un ou l’autre couac en ces occasions. David Régis et Jean-Christophe Devaux, qui s’étaient annoncés, n’ont finalement pas rejoint le parc des sports de Geispolsheim pour faire la fête au premier titre décroché par le Racing Club de Strasbourg. Tant pis pour eux.

Lucien Schaeffer, le portier témoin

Il y a soixante ans, au stade Yves-du-Manoir de Colombes, devant plus de 60 000 spectateurs, le Racing donnait la leçon à Valenciennes (3-0) et ouvrait son palmarès. Ils étaient moins nombreux, hier à Geispolsheim. Mais les 7 à 800 spectateurs présents dans le stade de la banlieue strasbourgeoise n’ont sans doute pas regretté le déplacement.

Quelques dignes porteurs du maillot strasbourgeois, de diverses générations, ont répondu à l’invitation de la Fédération des Supporters du Racing. Le soleil a été de la partie. Les souvenirs ont refleuri. Dans une liste non exhaustive, Joël Tanter, Roland Wagner, François Remetter, Cyriaque Didaux, Gérard Burcklé, Eric Mosser, Pascal Jenner, Gharib Amzine, Stéphane Collet, Peter Reichert, Marcel Lazarus et de nombreux autres, respectueux d’une mémoire collective, se sont serré la louche, passé le ballon, étreints par les épaules, échangé des sourires.

Ils étaient contents d’être là. Et ils étaient donc encore plus nombreux à les voir contents d’être là. Portier de la première équipe titrée en ce glorieux 6 mai 1951, Lucien Schaeffer a eu droit à son acclamation. Il a pu jeter un œil sur certains de ses héritiers.

Car le passé s’est (aussi) conjugué au présent et à l’avenir. Jean-Marc Kuentz, le directeur du centre de formation, forfait pour le match de gala en raison d’un contrariant claquage au mollet, avait convoqué quelques-uns de ses protégés, dont Yann Benedick. Il avait quelques soucis en tête.

En fin de contrat, sans nouvelle de sa direction, le fidèle parmi les fidèles, vingt-cinq ans de présence au club, ne sait pas de quoi demain sera fait. Ces dernières semaines, il a vu s’envoler quelques-unes de ces plus jolies pépites à qui on n’a pas souhaité proposer de contrat.

Quand Peter Reichert ne comprend pas

Il y avait donc une incontestable pointe de tristesse quant à l’incertitude qui règne. « C’est triste de voir ce qui se passe, mais on dit que les grands clubs ne meurent jamais », a cherché à positiver Stéphane Collet, l’auteur du tir au but décisif lors de la finale de la coupe de la Ligue 1997. Peter Reichert, lui, a du mal à comprendre.

Il s’occupe des relations avec les supporters au VfB Stuttgart. « Le Racing, normalement, doit être en Ligue 1 ou en Ligue 2, constate le mythique attaquant des années 80. Ça fait mal de le voir en National. Je ne comprends pas bien ce qui se passe. » Il n’est pas le seul.

Pour tenter de zapper les rares funestes pensées, jeunes et moins jeunes se sont lancé dans une riante partie dominicale. José Guerra a envoyé un ballon dans la lucarne de Dany Eberhardt, l’historique médecin du Racing, un peu en difficulté sur sa ligne. Les bleus ont battu les blancs 4-1. Assurément, le Racing a gagné. Et ces hommes du passé ont pu donner un peu d’élan en cette période où il en manque cruellement.

Dans les tribunes, les supporters de toutes les obédiences ont rappelé que la passion n’est pas morte. Loin de l’Alsace, la direction le sait. Dans la liste des sept candidats-repreneurs rendue officielle début juin, une possibilité s’appuie sur cette fidèle base.

Jonathan Helbling était à Geispolsheim, hier. Le créateur de la page Facebook « rachat du Racing club Strasbourg par ses supporters », un groupe d’amoureux du Racing qui compte plus de 6 901 « fans » hier, annonce le montant de sa consultation : son « sondage » sur les dons potentiels des supporters pour prendre part au capital du club s’élèvent, en moins de deux semaines, à quelque 740 000 euros.

Ce ne sont que des promesses et cela ne suffirait pas pour renflouer les caisses. Mais c’est déjà la preuve que ce mourant ne laisse décidément pas indifférent. Et qu’ils sont quelques-uns à espérer que le rendez-vous d’hier ne constituait pas le jubilé d’un club menacé de disparition.

François Namur

calendrier

Prochain rendez-vous au local :

6 mars : diffusion de Valenciennes - Racing
9 mars : discussion avec Thierry Laurey

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