Où l’on apprend que le stade de la Meinau doit son nom à... Napoléon !

article publié le 5 décembre 2015 - Promouvoir la culture club

Décembre 1805. Napoléon remporte une de ses plus belles batailles, à Austerlitz, face à la coalition autrichienne et russe. Quelques jours plus tard, un traité de paix est signé et la France obtient la disparition du Saint-Empire romain germanique.

Pour Napoléon, l’heure est venue de récompenser certains de ses hommes. Parmi eux : Charles Louis Schulmeister.
Grâce à la fortune gagnée lors des guerres de l’Empereur, Schulmeister parvient à acheter 26 hectares du domaine de la Canardière, au sud de Strasbourg, alors qu’il n’a que 35 ans. Il y fait construire un château pour mener une vie mondaine et accueillir dignement Napoléon.
Il donne aussi un nouveau nom à cette propriété : « Meine Aue » (ma prairie), qui deviendra bientôt... la Meinau !

Désormais appelé "Monsieur de Meinau", Schulmeister a largement contribué à la grandeur de l’Empire. Espion de Napoléon dans le monde germanique, il est payé pour récupérer de précieux renseignements sur les troupes ennemies postées de l’autre côté du Rhin, déjouer les complots et intoxiquer les commandements adverses avec de fausses informations sur les stratégies françaises.

C’est en octobre de cette même année 1805 que Schulmeister réussit une de ses plus belles manipulations : à Ulm, il parvient à gagner la confiance du général autrichien Mack et le convainc - en mêlant vrais documents de l’état-major français et éléments inventés - de maintenir ses troupes à l’intérieur des murs de la ville. Assiégée rapidement, Ulm tombe aux mains de Napoléon qui remporte ainsi une victoire presque sans combattre.

Son habileté fera sa légende tant dans le camp français que chez ses ennemis. Une anecdote décrit d’ailleurs son art de la dissimulation : poursuivi par une patrouille adverse informée de sa présence dans une ferme, les soldats n’y trouvent qu’un vieil homme, le visage plein de mousse et un rasoir à la main. Il leur indique que l’espion est au premier étage. Le temps que la patrouille s’aperçoive de la supercherie, Schulmeister s’était essuyé le visage et avait déjà déguerpi.

Sa légende traversera d’ailleurs les décennies puisque une célèbre série française lui sera consacrée à la télévision entre 1971 et 1974 (lien vers le générique).

Entre les missions secrètes au service de l’Empereur ou les batailles aux avants postes des armées (il prendra une balle dans le front à la bataille de Friedland), Schulmeister se repose donc dans son immense propriété strasbourgeoise auprès de son épouse.
Né dans le Pays de Bade en 1770, Karl Ludwig Schulmeister s’était installé à Strasbourg, grâce à sa belle-famille, pour y devenir épicier puis marchand de tabac, en couverture de sa véritable activité : contrebandier.

Entouré d’une imposante équipe, il était devenu l’un des principaux pourvoyeurs de marchandises anglaises prohibées. Son réseau et sa connaissance de la région lui permettent ensuite de passer de l’illégalité à des fonctions plus officielles - mais très discrètes - de renseignements pour les armées de Napoléon.
Schulmeister emploie dans ce but bon nombre d’Alsaciens et de Badois, implantés jusqu’en Autriche et en Hongrie dans les hôpitaux, la police, parmi les commerçants, la domesticité, etc.

La fin du règne napoléonien met cependant un terme à ses activités et à sa prospérité. Après quelques investissements malheureux, il est contraint de se séparer progressivement de son domaine entre 1833 et 1843 et doit déménager dans un petit appartement de la place Broglie, où il meurt le 8 mai 1853, à 83 ans.

Jusqu’à la fin de sa vie, il avait tenté de défendre l’honorabilité de ses anciennes activités sous l’angle de la contribution patriotique : à cette époque, l’espionnage était en effet généralement perçu comme une activité dégradante et méprisable, bien loin de l’image héroïque - à la James Bond - qu’on s’en fait aujourd’hui.

Inhumé au cimetière Saint-Urbain à Strasbourg, l’hymne national a été joué lors de ses obsèques. Non pas la Marseillaise, interdite par Napoléon III, mais un chant célébrant les croisades médiévales, au titre tristement d’actualité : "Partant pour la Syrie" (lien vers l’hymne).

Quant à son château, il sera entièrement démoli en 1874. Il en reste cependant quelques traces, en plus du parc public de 7 hectares qui porte désormais le nom de Schulmeister :
- les deux pavillons qui accueillaient les écuries et les logements de domestiques (au 110 place de la Meinau), actuellement utilisés par les services techniques de la ville de Strasbourg
- l’obélisque à l’angle de l’avenue de Colmar et de la route de la Meinau, à quelques hectomètres du stade de la Meinau, qui indiquait la direction du château.

Sources : Schulmeister l’espion de Napoléon (Gérard Arboit, Éditions Ouest-France, 2011), napoleon.org, Dernières Nouvelles d’Alsace, Eurométropole de Strasbourg.

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