Article de l’Alsace - 16/06/2011

Collet, la mémoire dans la peau

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Stéphane Collet, qui ne pouvait pas jouer, a retrouvé avec plaisir le médecin emblématique du RCS, Dany Eberhardt, infortuné gardien durant une mi-temps, mais toujours jeune après plus de trente années au club. Photo Dominique Gutekunst

Le symbole du sacre en Coupe de la Ligue 1997 était présent dimanche à Geispolsheim où la Fédération des Supporters du Racing célébrait les 60 ans du premier sacre en Coupe de France. Stéphane Collet garde une tendresse particulière pour un club dont la situation l’attriste.

Aucun des supporters strasbourgeois présents ce soir-là au Parc des Princes n’a oublié la scène. Ce 12 avril 1997, le Racing de Jacky Duguépéroux et du président Roland Weller, qui y a perdu deux ans plus tôt la finale de la Coupe de France face au PSG (0-1, but de Paul Le Guen), remporte la Coupe de la Ligue contre Bordeaux (0-0, 6-5 aux tirs au but).

Au bout de la séance fatidique, un petit bonhomme de 1,68 m s’élance pour frapper et marquer le dernier tir au but bas-rhinois. Stéphane Collet trompe le gardien belge des Girondins Gilbert Bodart. Il vient de courir 120 minutes, mais s’apprête à battre le record du tour - jamais égalé - du Parc . « Steph » se lance dans une course folle et échevelée. Personne ne l’arrêtera. Un moment unique dans la carrière d’un joueur en lévitation le temps de quelques secondes.

Cette image gravée à jamais dans l’histoire du Racing est remontée à la surface dimanche à Geispolsheim. Pour fêter les 60 ans du sacre en Coupe de France 1951 – le premier trophée de l’histoire du club -, la Fédération des Supporters du RCS avait organisé un grand match de gala (voir ci-dessous) et y avait convié quelques grands « anciens ».

« Ce qui se passe au RCS est anormal »

Stéphane Collet était là, lui qui a gardé des amis sur Strasbourg. « En général, je viens à peu près une fois par an. Mais là, ça faisait un petit moment que je n’étais pas venu. Je devais jouer, mais je me suis profondément claqué à la cuisse droite avec les U17 du CROS de Cagnes-sur-Mer que j’entraîne (voir ci-contre) . Je suis un peu déçu de ne pas être sur le terrain, mais ravi de partager ce moment avec tous les amoureux d’un club qui mérite autre chose que ce qu’il vit actuellement. Venir pour ce 60 e anniversaire de la Coupe de France 1951 était naturel pour moi. On est toujours fier de revenir dans un club où l’on a évolué, particulièrement quand ce club a marqué votre carrière. J’ai joué au Racing (1) à une période où l’on a gagné un titre. J’en parlais avant le match de gala avec Roland Weller : à cette époque, il y avait une âme. »

Durant ses expériences suivantes (Lens, la Real Sociedad), jamais il ne retrouvera cet esprit et cette complicité qu’il a tant aimés. « Pas même à Strasbourg lorsque je suis revenu en 2001-2002. Les dirigeants n’étaient plus les mêmes. J’étais resté un an sans jouer et on ne m’a pas laissé le temps de retrouver mon vrai niveau. Je n’étais pourtant pas cuit. Je n’en veux à personne, hormis ceux qui, à mon sens, auraient comme moi mieux fait d’arrêter. En fait, quand j’ai décidé de raccrocher, c’est parce que je ne me retrouvais plus dans ce milieu. Il avait beaucoup changé. »

Du haut de son village de La Gaude, sur les hauteurs de Saint-Laurent-du-Var, où il est installé, non loin de la baie des anges niçoise, le légendaire ailier droit de poche du Racing est géographiquement éloigné de Strasbourg. Mais il en est souvent près par la pensée et le cœur. Ne serait-ce qu’à travers ses échanges réguliers avec ses potes de l’époque dorée des Bleus d’Alsace, Olivier Dacourt, Philippe Raschke, Christophe Kinet ( « il joue toujours en Belgique – en D3 au Liège RFC – et se demande s’il ne doit pas mettre un terme à sa carrière à 36 ans ») et Pascal Nouma (le fantasque attaquant, aujourd’hui star de la télé turque). « Je regarde ce qui se passe. Je suis fier d’avoir joué au Racing et j’aimerais que le club perdure. On dit toujours dans le sport que les joueurs passent et que le club reste. Au Racing, on est tout près du contraire. C’est un défi à la logique. Cette journée de célébration du premier sacre en Coupe de France montre que les joueurs restent présents dans l’esprit des gens, alors que le club, lui, est menacé de disparition. Ça prouve que ce qui se passe en ce moment au RCS est anormal. J’en suis attristé. »

Dans l’un des albums du « Chat », le dessinateur belge Philippe Geluck glisse dans la bouche de son personnage : « Il y a un proverbe serbe qui dit ceci : « Notre passé est sinistre, notre présent est invivable. Heureusement que nous n’avons pas d’avenir. » Il s’appliquerait sans nul doute au Racing si la journée du 12 juin 2011 n’avait rappelé à tous ses amoureux que son passé a parfois été glorieux.

(1) D’abord entre 1996 et 1999, puis lors d’un prêt en 2001-2002.

le 16/06/2011 à 00:02 par Stéphane Godin

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